Trail et légendes locales

Un trail imprégné d'histoires locales

Une description passionnante du tracé de 28 km : légendes et folklore local. 

1/ Notre chemin démarre au hall omnisport de Trooz et passe non loin de la Brouck, une cité qui, déjà au moyen-âge, était reconnue pour son activité dans l'exploitation minière. Ce lieu, chargé d'histoire ouvrière, est surtout connu de nos jours comme ayant été le lieu de vie des ouvriers travaillant pour la métallurgie de Prayon qui traitait le minerais de zinc dès 1860. Traversons la route et entrons dans la réserve naturelle Natagora de La Rochette. Durant 150 ans, des fumées chargées de métaux lourds (zinc, cuivre et plomb) issus de cette activité métallurgique se déposèrent sur les collines voisines au gré des vents, polluèrent les sols et éradiquèrent toute la végétation. Mais le temps arrange souvent les choses et après la cessation des activités industrielles au tournant des années 80’ des plantes tout à fait particulières se développèrent peu à peu ; il s'agit d'espèces calaminaires qui supportent de telles pollutions dont voici quelques noms : Gazon d’Olympe, Fétuque calaminaire, Silène calaminaire, Tabouret calaminaire et Violette calaminaire. Cette flore a ensuite permis à des insectes dont certains sont rares et menacés de se développer. Peut-être croiserez-vous le Petit Nacré, un papillon orange avec de larges taches nacrées à la face inférieure des ailes, dont la plus belle population de Wallonie se trouve ici. A noter également la présence du Crapaud calamite, du Grillon champêtre, du Lézard des murailles, de l’Alouette lulu...

2/ En quittant ce site et en montant vers Magnée, nous traversons des zones agricoles « d’intérêt paysager » comme le signale le plan de secteur. Ces milieux semi-ouverts sont fréquentés par plusieurs oiseaux peu communs comme le rouge-queue à front blanc, le faucon hobereau, le pipi des arbres, le bruant jaune…

3/ Tremblons à l'approche du quartier du Tri Mottet. La légende raconte que deux frères jumeaux, fils de Jehan Fachotte Delle Roche dit Jehan de Magnée, étaient éperdument amoureux de la même demoiselle. Cette belle n'arrivant pas à se décider, les jumeaux conclurent secrètement de se provoquer en duel. Le jour arriva, les bruits métalliques de leurs épées firent échos dans le vallon. Du château, Jehan Fachotte vit le drame qui se tramait et courut vers le champ. A un moment précis, un des jumeaux planta son épée dans le cœur de son frère ! s'en était fini pour lui. Epuisé, croyant sa victoire acquise, son frère se laissa tomber mais se blessa mortellement sur l'arme dressée de son jumeau. Le père, fou de chagrin saisit l'une des deux épées de ses fils et se trucida sur place. En souvenir de ce drame, la légende appela ce lieu le « Tres-Mortalis », les trois morts, devenu de nos jours le Tri Mottet. Mais toute légende à sa morale : n'oublie jamais, la mort n'apporte pas la solution à nos problèmes. Elle n'est toujours qu'un succédané. Préférons-lui l'amour du genre humain.

4/ Remontons ensuite par le bois de la Gargonade pour arriver sur le site du Trihe des Vignes, reconnu pour ses pelouses calcicoles, un des habitats les plus rares et riches en Europe. On y trouve notamment l’Hélianthème, la Germandrée petit-chêne, le Dompte-venin et certaines orchidées. Tous ces sites calaminaires et calcicoles forment un véritable ensemble qui a été intégré dans le réseau Natura 2000 afin d’en assurer la protection. Continuons par un petit crochet dans le village de Magnée et observons le magnifique panorama de la région.

5/ En route maintenant vers des rochers apparents sur le versant boisé opposé de la Magne. Plusieurs grottes sont présentes dans les environs et sont notamment le refuge de chauves-souris. Nous passons à quelques pas de la grotte de Walou qui a fait l’objet d’importantes fouilles archéologiques. Les différentes strates de sédiments qui s'y sont superposées attestent d'une occupation très ancienne. Les os et les outils découverts montrent qu’hommes et animaux y ont trouvé refuge.

6/ Voici maintenant le très beau village de Forêt, dont les plus anciennes maisons remontent au 17ième siècle. Elles étaient non jointives lors de leurs constructions et, afin de préserver les terres les plus proches, les nouvelles bâtisses se sont progressivement insérées entre les anciennes. Le village a conservé sa structure d'origine en étant organisé autour d'une place au fond de laquelle trône l'église Sainte-Catherine. Forêt est aussi tristement célèbre pour les massacres de soldats et de résistants qui eurent lieu lors des 2 guerres mondiales. Nous redescendons ensuite à travers les champs puis un bois vers la Vesdre. De ce versant, un beau point de vue nous révèle un large panorama de la vallée.

7/ Après avoir traversé la Grand’Route et le village de Prayon, nous voici sur l'autre versant de la vallée de la Vesdre. Nous rejoignons le GR et l’étroite et profonde vallée du ry de Mosbeux. Ce ruisseau passe par les hameaux de Stinval et des Forges au pied de la côte des Forges bien connue des cyclistes. Un chemin escarpé vous conduit sur le plateau de Péry où se dévoilent de magnifiques espaces dégagés donnant lieu à des paysages superbes… Au Thier, une autre cité ouvrière a été construite par « la métallurgie » au début des années 50.

8/ Retournons en pleine nature… Dans le bois des Dames surplombant le quartier de la Brouck se développent des espèces ligneuses telles que le charme, le noisetier, l’érable sycomore, l’érable champêtre, le cornouiller mâle. Au printemps, l’ail des ours et la mercuriale y forment de véritables tapis ; le sceau de Salomon, le gouet tacheté sont quelques plantes indicatrices d’un sol plutôt calcaire.
La faune y est bien présente. Parmi les grands mammifères, le plus abondant est le chevreuil qui y trouve un habitat bocager riche et varié lui assurant alimentation et couvert. Le sanglier y a également élu domicile depuis peu. Le blaireau et le renard y ont leur terrier qu’ils partagent à l’occasion. D’autres espèces peuvent encore être observées : l’écureuil, le hérisson, la fouine, le lièvre…

9/ Dans la seconde partie de ce site forestier, outre quelques plantations (épicéas, pins, mélèzes, hêtres, frênes), la partie la plus naturelle à peine exploitée comprend deux essences majeures, le chêne et le hêtre, dont de beaux spécimens aux troncs et racines impressionnantes. Le frêne et l’érable sycomore y sont également bien représentés alors que le houx apparait en bosquets par endroit. Quelques beaux pins parsemés çi et là déploient leur silhouette si particulière et apportent une certaine diversité au peuplement. Au niveau de la flore du sous-bois, on trouve notamment la fougère, le chèvrefeuille, la myrtille, le muguet, le maïanthème à deux feuilles. La forêt étant peu exploitée, de nombreux troncs et branches jonchent le sol permettant ainsi aux champignons et insectes divers de se développer et de participer au recyclage de la matière.

10/ Traversons ce que nous appelons « la savane ». Il s’agit d’une lande herbeuse sèche dont la végétation est dominée par deux graminées d’aspect tout à fait différent : la molinie et l’agrostis commun. Ce site, d’une très grande beauté, est à nouveau dû à la présence dans le sol des métaux lourds qui se sont déposés à l'époque de la sidérurgie.
Toutes ces zones naturelles que nous venons de traverser sont le refuge d'oiseaux dont plusieurs rapaces nicheurs comme la buse qui chasse régulièrement à l’affût en prairie, l’épervier et l’autour des palombes généralement beaucoup plus discrets, et la bondrée apivore qui fréquente les pâtures, les lisières et les clairières lui servant de terrain de chasse. « Apivore » vient du fait que la bondrée se nourrit des œufs, larves et nymphes de guêpes ou de bourdons qu’elle déterre.

11/ Pour terminer notre route, oserez-vous traverser le pont du diable ? On raconte que, jadis, les cultivateurs du village de Ninane et des hameaux environnants se rendaient à la ville en empruntant la vallée de la Vesdre qu'ils rejoignaient en descendant vers Chaudfontaine. Toutefois, pour atteindre cette dernière localité, un seul chemin était accessible et au centre de ce chemin se dressait un pont rudimentaire qu'ils devaient emprunter. Or, un beau matin, à la stupéfaction générale, les paysans constatèrent que le pont en question s'était écroulé pendant la nuit. Sa reconstruction, à l'époque, allait nécessiter plusieurs semaines de travail acharné et une nombreuse main d'œuvre. Après s'être lamenté toute la journée, et après examen de la situation, les paysans désespérés décidèrent, la nuit tombante, de rentrer chez eux. C'est à cet instant même qu'une grande lueur se produisit et que dans un tourbillon de flammes apparu le Diable en personne. A peine revenus de leur stupéfaction, les paysans, tremblants de frayeur, entendirent Satan leur proposer le marché suivant :
– Si vous le désirez, dit-il, pour demain matin, ce pont sera reconstruit ! Toutefois, en compensation, je vous demande de me donner l'âme de la première créature qui franchira le nouveau pont.
Foncièrement chrétiens, les paysans refusèrent un tel marché.
... Les jours passèrent... les nuits passèrent... les finances baissèrent... et la misère commença à se faire jour.
Acculés par la faim, les paysans retournèrent près des ruines du pont et conclurent le marché proposé quelque temps auparavant par Satan. Et le lendemain matin, lorsqu'ils découvrirent le pont reconstruit et Satan attendant en triomphateur sa victime, ils se concertèrent. On installa alors un grand sac à l'entrée du pont. De ce sac, s'enfuit un magnifique bouc qui se précipita sur le pont et se jeta dans les bras du Diable qui, se voyant trompé, n'eut d'autre solution que de retourner en hurlant vers le feu éternel de son royaume maudit.