Trail et légendes locales

Un trail imprégné d'histoires locales

Une description passionnante du tracé de 28 km : légendes et folklore local. 

1) Notre chemin démarre au hall omnisports de Trooz et passe par la Brouck, une cité qui, déjà au moyen-âge, était reconnue pour son activité dans l'exploitation minière. Ce lieu, chargé d'histoire ouvrière, est surtout connu de nos jours comme ayant été le lieu de vie des ouvriers travaillant pour la métallurgie de Prayon qui traitait le minerais de zinc dès 1860.

2) Nous montons ensuite dans les bois et arrivons à un croisement… Oserez-vous traverser le pont du diable ? On raconte que, jadis, les cultivateurs du hameau de Ninane et des hameaux environnants se rendaient à la ville en empruntant la vallée de la Vesdre qu'ils rejoignaient en descendant vers Chaudfontaine. Toutefois, pour atteindre cette dernière localité, un seul chemin était accessible et au centre de ce chemin se dressait un pont rudimentaire qu'ils devaient emprunter. Or, un beau matin, à la stupéfaction générale, les paysans constatèrent que le pont en question s'était écroulé pendant la nuit. Sa reconstruction, à l'époque, allait nécessiter plusieurs semaines de travail acharné et une nombreuse main-d'oeuvre. Après s'être lamenté toute la journée, et après examen de la situation, les paysans désespérés décidèrent, la nuit tombante, de rentrer chez eux. C'est à cet instant même qu'une grande lueur se produisit et que dans un tourbillon de flammes apparu le Diable en personne. A peine revenus de leur stupéfaction, les paysans tremblant de frayeur entendirent Satan leur proposer le marché suivant :

Si vous le désirez, dit-il, pour demain matin, ce pont sera reconstruit ! Toutefois, en compensation, je vous demande de me donner l'âme de la première créature qui franchira le nouveau pont .

Foncièrement chrétiens, les paysans refusèrent un tel marché.

... Les jours passèrent... les nuits passèrent... les finances baissèrent... et la misère commença à se faire jour.

Acculés par la faim, les paysans retournèrent près des ruines du pont et conclurent le marché proposé quelque temps auparavant par Satan. Et le lendemain matin, lorsqu'ils découvrirent le pont reconstruit et Satan attendant, en triomphateur sa victime, ils se concertèrent. On installa alors un grand sac à l'entrée du pont. De ce sac, s'enfuit un magnifique bouc qui se précipita sur le pont et se jeta dans les bras du Diable qui, se voyant trompé, n'eut d'autre solution que de retourner en hurlant vers le feu éternel de son royaume maudit...

3) En traversant ce site forestier, outre quelques plantations (épicéas, pins, hêtres, frênes), la partie la plus naturelle à peine exploitée comprend deux essences majeures, le hêtre et le chêne. De beaux spécimens de hêtres aux troncs et racines impressionnantes peuvent être observés. Le frêne et l’érable sycomore y sont également bien représentés. Notons également la présence du houx qui appairait en bosquets par endroit. Quelques beaux pins parsemés ci et là apportent une certaine diversité au peuplement. Au niveau de la flore du sous-bois, on trouve notamment la fougère, le chèvrefeuille, la myrtille, le muguet, le maianthème à deux feuilles. La forêt étant peu exploitée, de nombreux troncs et branches jonchent le sol permettant ainsi aux champignons et insectes divers de se développer et de participer au recyclage de la matière.

Les oiseaux n’ont rien à leur envier. Parmi les rapaces nicheurs, citons la buse chassant régulièrement à l’affût en prairie ; plus discrets, l’épervier et l’autour des palombes. Dans le cadre du recensement des oiseaux nicheurs entrepris de 2001 à 2005, la société omithologiquc AVES considère cette espèce comme nicheur rare en Wallonie tout comme la bondrée apivore qui fréquente les pâtures, les lisières et les clairières lui servant de terrain de chasse ; cette dernière espèce se nourrit des œufs, larves et nymphes de guêpes ou de bourdons qu’elle déterre.

4) Nous passons aussi par « la savane ». Il s’agit d’une lande herbeuse sèche dont la végétation est dominée par deux graminées d’aspect tout à fait différent : la molinie et l’agrostis commun. Ce site est quasi unique, même au niveau européen. Durant 150 ans, des fumées chargées de métaux lourds (zinc, cuivre et plomb) issu de cette activité métallurgique se déposèrent sur les collines voisines au gré des vents et polluèrent les sites empêchant toute sorte de vie. Mais le temps arrange souvent les chose, peu à peu des espèces tout à fait particulières se développèrent, il s'agit d'espèces calaminaires dont voici quelques noms : Gazon d’Olympe, Fétuque calaminaire , Silène calaminaire, Tabouret calaminaire et Violette calaminaire. Cette flore a ensuite permis à des insectes spéciaux, rares et menacés en Wallonie de se développer. Peut-être croiserez-vous une Petit Nacré, un papillon orange aux tâches noires et nacrées dont la plus belle population de Wallonie se trouve ici. A noter également la présence du Crapaud calamite, du Grillon champêtre, de la Coronelle lisse, de l’Alouette lulu, etc.

5) Tout cet ensemble boisé et herbeux est nommé le bois Lesdames, vous pourrez observer un biotope extraordinaire. Dans la seconde partie de la forêt se développent des espèces ligneuses telles que le charme, le noisetier, l’érable Sycomore, l’érable champêtre, le cornouiller mâle. Au printemps, l’ail des ours et la mercuriale y forment de véritables tapis ; le sceau de Salomon, le gouet tacheté sont également des plantes accompagnatrices. Ce type d’associations végétales est de nouveau indicatrice d’un sol plutôt calcaire.

La faune y est encore bien présente. Parmi les grands mammifères, le plus abondant, le chevreuil y trouve un habitat riche et varié lui apportant alimentation et couvert. Le sanglier y a également élu domicile depuis peu et s’y maintient. Le blaireau et le renard y ont leur terrier qu’ils partagent à l’occasion. D’autres espèces peuvent encore être observées : l’écureuil, le hérisson, la fouine, le lièvre, …

6) Arrive ensuite le Thier, une autre cité de Trooz datant cette fois du début des années 50, lors de la construction de voiries par la société métallurgique de Prayon. En suivra, de magnifiques espaces dégagés donnant lieu à des paysages superbes… Puis le GR et la vallée du ry de Mosbeux qui arrose les hameaux de Stinval et des Forges au pied de la côte des Forges bien connue des cyclistes. Cette vallée très encaissée est presque totalement boisée, gare aux culbutes !

7) Après avoir traversé le village de Prayon, nous voici sur l'autre versant de la vallée de la Vesdre. Nous montons à travers bois et pouvons observer le point de départ du parcours, le hall omnisports, ainsi qu'une bonne partie de la vallée de Trooz. C'est le village de Forêt notre prochain but, un village tout à fait particulier dont les plus anciennes maisons remontent au 17ieme siècle. Elles étaient non jointives lors de leurs constructions et, afin de préserver les terres les plus proches, les nouvelles bâtisses se sont progressivement insérées entre les anciennes. Le village a donc conservé sa structure d'origine en étant organisé autour d'une place au fond de laquelle se trouve l'église Sainte-Catherine.

8) En route maintenant vers les pitons rocheux voisins. Plusieurs grottes sont présentes dans les environs et sont notamment le refuge de chiroptères (chauves-souris). Nous passons à quelques pas de la grotte de Walou, actuellement en pleine fouilles archéologique. Les différentes strates de sédiments qui s'y sont superposés attestent d'une occupation très ancienne et riche d'enseignement. Les os et les outils découverts attestent qu'hommes et animaux y ont trouvé refuge.

9) Un petit crochet par le village de Magnée, un magnifique poste d'observation des paysages…Avant de redescendre via le site du Trixhe des Vignes, reconnu pour ses pelouses sèches, une qualité de pelouse tout à fait particulière basée toujours sous le même principe de développement de la flore et de la faune sur des sols pollués par les industries de Trooz, puis le bois de la Gargonade.

10) Tremblons à l'approche du quartier du Tri Mottet. La légende raconte que deux frères jumeaux, fils de Jehan Fachotte Delle Roche dit Jehan de Magnée, étaient éperdument amoureux de la même demoiselle. Cette belle n'arrivant pas à se décider, les jumeaux conclurent secrètement de se provoquer en duel. Le jour arriva, les bruits métalliques de leurs épées firent échos dans le vallon. Du château, Johan Fachotte vit le drame qui se tramait, il courut vers le champ. A un moment précis, un des jumeaux planta son été dans le coeur de son frère, s'en était fini pour lui. Epuisé, croyant sa victoire acquise, son frère se laissa tomber mais se blessa mortellement sur l'arme dressée de son frère. Le père, fou de chagrin saisit l'une des deux épées de ses fils et se trucida sur place. En souvenir de ce drame, la légende apella ce lieu le « Tres-Mortalis », les trois morts, devenu de nos jours le Tri-mottet. Comme toute légende à sa morale : n'oublie jamais , la mort l'apporte pas le solution à nos problèmes. Elle n'est toujours qu'un succédané. Préférons lui l'amour du genre humain.

11) En quittant ce terrible site et en descendant vers la vallée, nous traversons des zones agricoles et des espaces verts étant signalés au plan de secteur comme « d’intérêt paysager ». N'hésitez pas à ouvrir grand vos yeuxCes milieux semis-ouverts permettent aussi à certains oiseaux de s'installer : la buse variable, le rouge-queue à front blanc, le faucon hobereau, le pipi des arbres, le bruant jaune, …

12) La route se termine en traversant les réserves naturelles de Natagora. Nous retrouvons les principales caractéristiques des sites traversée : la transformation de la nature dû à cette pollution des sols qui fut très conséquente à l'époque de la sidérurgie mais pour laquelle la nature a pu donner un second souffle !

Bonne route !

Sources :